LEILOUI NICHMAT
LEA BAT YAEL
ZAL

21 Octobre 2017















Deverser notre coeur
La Tradition enseigne que la prière de l’après-midi, connue sous le nom de Min’ha, a été initiée par le fils d’Abraham, Its’hak , le second de nos Patriarches.

La totalité du texte de la prière de Min’ha est extraite de la prière de Cha’harit mot pour mot. La seule différence entre les deux est que Min’ha est plus courte. Toutefois les approches de nos Sages vis-à-vis de ces deux prières sont tellement différentes, que nous pouvons parler d’elles comme du noir et du blanc.

LA PRIERE D’ITS’HAK



Nos Sages décrivent la prière du matin, qui a été créée par Abraham, comme celle où l’on se tient debout devant D.ieu. Voici comme ils décrivent la prière de Its’hak :

Its’hak a établi la prière de l’après-midi, comme il est écrit : [Genèse 24:63] : « Its’hak sortit pour méditer – lasouah, qui signifie en hébreu converser – dans le champ, vers le soir » "Converser" signifie prier, comme il est écrit : [Psaumes 102:1] : « Prière d’un malheureux qui se sent défaillir et répand sa plainte – si’ho devant l’Eternel » (si’ho, a la même racine en hébreu que converser).

Avec la prière du matin, Abraham se tient fièrement devant D.ieu, comme le portrait vivant d’un homme majestueux. Il prie au matin et formule sa prière en terme de quasi-demande. L’image de la position d’Its’hak, en prière est celle d’une personne au bord de l’anéantissement ; il prie en début de soirée, à la fin de la journée ; sa prière a le goût de l’échec lamentable de celui qui sollicite une aide. Il ne peut même pas rassembler l’énergie pour quémander d’une manière structurée ; il déverse simplement son cœur sous forme de conversation désorganisée.

Un si grand contraste entre un père et son fils dans l’approche du Tout-Puissant mérite une explication !

LE LIEN AVEC LA FIN



La prière juive est centrée sur la réparation des “brisures du monde” et le rattachement à D.ieu. Il est évident que si le monde requiert un rattachement, il doit être rattaché à D.ieu non seulement à son début mais aussi à sa fin.

Pour comprendre ce que nous entendons par “fin du monde”, nous devons examiner les quelques principes fondamentaux du judaïsme qui sont, sans aucun doute, familiers à la plupart des lecteurs. Le judaïsme enseigne que le monde, comme nous le savons, culminera avec la Te’hiyat Hamétim (ou la Résurrection des Morts), faisant suite au jour du Jugement Final. Ceux qui passeront avec succès le Jugement Final entreront dans le Monde Futur. En revanche, ceux qui échoueront se verront y refuser l’entrée et tomberont dans l’oubli. Ainsi, vous n’aurez pas d’autre monde où aller si vous ne parvenez pas à rejoindre le Monde à Venir.

Abraham est le symbole du premier homme dont la tâche était de re-lier le monde à D.ieu au niveau où il était à sa création ; Its’hak est le symbole du dernier homme, qui s’est vu confier la mission de rattacher le monde au niveau où le monde, tel que nous le connaissons, finit ; et où l’histoire humaine entre dans l’ère du Jugement et de la récompense. Le fait qu’Its’hak ait composé la prière de l’après-midi qui est récitée alors que la lumière s’estompe au crépuscule, nous apprend qu’il faut appréhender chaque journée comme une « mini-création ». La « mini-création » de chaque jour arrive à son terme au crépuscule et le monde retourne à D.ieu, Son Créateur. Le crépuscule est le moment de la journée qui correspond à l’ultime Jugement.

Les Sages attribuent à Its’hak un statut vraiment particulier ; il est le seul être dans l’histoire de l’humanité qui soit mort, soit entré dans le monde de la Résurrection et qui en soit revenu. Its’hak est la personnification de l’homme ressuscité.
Comme les Sages l’expliquent : Rabbi Yehouda dit : lorsque le couteau a touché le cou d’Its’hak [au cours de son sacrifice], son âme s’est échappée du corps. Quand la Voix est sortie d’entre les Chérubins et a ordonné, « N’envoie pas ta main contre le jeune homme… » son âme a réintégré son corps, et Its’hak s’est tenu debout sur ses pieds, et a réalisé que finalement les morts ressusciteront. Il déclara, « Béni sois-Tu, Ô Seigneur, qui ressuscite les morts ». [Pirkei De Rabbi Eliezer, 30].

Son statut de ressuscité procure la clé qui dévoile le secret de Min’ha, la prière de Its’hak. Its’hak prie comme une personne qui est morte sur l’autel et qui a retrouvé la vie ; il a personnellement fait l’expérience du retour de la mort et du jugement qui la suit. Son retour dans notre monde atteste de l’existence de la Résurrection et du face-à-face inévitable avec le jugement final. Cela nous enseigne ainsi le passer avec succès.

Si Abraham est le Patriarche du but, Its’hak est le Patriarche de la destinée. Sa prière est récitée à la fin du jour parce qu’elle a un lien avec les sujets qui surviennent lorsque la vie se termine. La route vers le jour du Jugement passe par la prière de Min’ha qu’Its’hak a instituée.


LE JOUR DU SALAIRE



Il n’est pas étonnant que la prière d’Its’hak soit décrite comme « le cœur jaillissant du pauvre ». Its’hak parle du « jour du salaire ». Il nous rappelle que l’univers où nous sommes est un lieu de travail. Nous devons utiliser le temps qui nous est attribué ici-bas pour établir un espace où se « tenir » dans l’éternité. Nos actions vont forcément donner lieu au bout du compte à une évaluation. A jour viendra, où chaque âme humaine aura reçu l’occasion de faire son travail, c’est alors que D.ieu fermera définitivement le monde de travail où nous résidons, et tous les êtres humains s’aligneront pour faire face au jugement et recevoir leur récompense.

Le Jour du Jugement est un jour difficile. Nous connaîtront tous nos défauts, et ressentirons à la fin d’une journée simple, comme à la fin d’une vie, que nous avons bien profité de la plupart des opportunités qui nous ont été offertes. Quelques-uns d’entre nous sommes prêts à déclarer comme Frank Sinatra d’un air suffisant que « mes regrets sont trop peu nombreux pour être mentionnés » parce que « j’ai suivi ma route. » Quand vient le moment de faire face au jugement, l’image de l’ « homme pauvre » nous va très bien. Personne n’a le cran de faire face à l’intense examen minutieux de la justice divine avec suffisance ; nous avons tous un besoin désespéré d’être rassurés.

LE PRINCE ET LE PAUVRE



Mais tout cela est d’un niveau bien trop élevé ; portons-y un regard plus humain.

Un juif a deux côtés spirituels opposés. D’un côté, il est la continuation d’Abraham : un être d’une immense stature, le dépositaire d’un grand pouvoir spirituel. L’univers a été créé pour lui, et il en dessine les contours à travers la force de ses actions. D.ieu lui a donné le libre arbitre, et son potentiel pour la grandeur est illimité. Tous les Juifs sont les enfants d’Abraham et nous avons tous hérité de sa capacité d’être un héros. Nous avons la capacité de d’échanger avec D.ieu pendant la prière du matin.

D’un autre côté, il y a le revers psychologique de ce sentiment de grandeur. C’est le moment où nous ressentons que nous avons hérité du lourd fardeau d’avoir à respecter un héritage spirituel conçu pour les héros. Nous sommes les dépositaires vivants d’une quantité de traditions écrasantes et d’obligations transmises par les générations précédentes, que nous le voulions ou non. Au cours de notre longue histoire, de nombreux Juifs ont tenté d’échapper au fardeau de cet héritage ; leurs efforts n’ont en général pas été couronnés de succès.

En effet, si notre histoire ensanglantée nous a appris quelque chose ; c’est que nous ne pouvons arrêter de porter le fardeau d’être Juif. A chaque fois que nous avons essayé de nous en libérer, de nombreuses tragédies en ont inévitablement résultées. Nous sommes contraints par le destin, à être courageux.

A notre époque, un nombre de plus en plus important de Juifs semble avoir intériorisé cette leçon et portent les responsabilités de nos traditions de plein gré. Pour la première fois dans l’histoire juive, il y a un grand mouvement de Juifs qui reviennent à leurs traditions. Mais, alors même que nous acceptons le défi d’assumer à nouveau la responsabilité de porter nos traditions, nous sommes conscients de la difficulté d’atteindre l’accomplissement spirituel des grands Juifs des générations précédentes. Le Talmud dans le traité de chabbath 112b nous dit bien : « Si nous considérons les premières générations comme des anges, alors nous pouvons nous considérer comme des hommes, mais si nous les voyons comme des hommes, alors nous devons nous considérer comme des ânes… » .

La prière du cœur est un moyen pour relier tous les niveaux de sa conscience à D.ieu. Au moment où nous formulons une prière qui exprime notre état d’inspiration, nous nous sentons comme des héros prêts à affronter n’importe quel défi spirituel avec enthousiasme. C’est pourquoi nous devons également dire une prière qui nous permette de nous connecter avec D.ieu alors que nous nous sentons incapables de réaliser la tâche que nous avons sur les épaules. Nous avons besoin de Min’ha autant que de Cha’harit.

ACCOMPLIR LES VISIONS



Abraham et Its’hak agissaient sur les côtés opposées de cette ligne de partage aux niveaux de notre conscience.

Abraham est la personnification de nos désirs héroïques. Il est arrivé à la connaissance de la Vérité sans aide, guidé par la puissance de son intelligence. Il a initié la relation avec D.ieu et a fondé le peuple juif. Il a posé les bases de la nation. Sa voix puissante se répercute au fil des générations, et son écho retentit encore à nos oreilles. Il n’a jamais fait l’expérience du sentiment d’être sous le fardeau d’un ensemble de traditions héritées. Il a créé nos traditions.

Its’hak a été le premier enfant juif. Il a été le premier à hériter du judaïsme comme d’une responsabilité qu’il devrait porter. Il a été confronté au défi de trouver les ressources intérieures nécessaires pour réaliser la vision puissante d’Abraham et l’amener sur Terre. La façon de vivre héroïque d’Abraham doit faire partie de notre monde quotidien. Its’hak a consacré sa vie à transformer la grande vision de son père en réalité quotidienne qui peut être accomplie par les gens ordinaires. Il n’a pas commencé sa vie comme un héros. Il s’est consacré à ses traditions jusqu’à ce qu’il en devienne un.

Comme chaque Juif le sait, la mise en pratique d’un ensemble de valeurs et de pratiques héritées représente une énorme responsabilité ; on attend d’un Juif un comportement exemplaire précisément parce qu’il est le dépositaire d’un héritage spirituel magnifique plus que tout autre peuple. Par exemple, le soldat juif, qui est indiscutablement le soldat le plus humain sur Terre, est constamment critiqué pour sa cruauté. On attend de lui qu’il mette sa vie en danger pour éviter de causer un dommage aux « passants innocents » même s’il est sous le feu des armes. Personne n’a de telles attentes d’un soldat américain en Afghanistan, Iraq ou bien en Yougoslavie.

Alors qu’un tel niveau hors norme est sans aucun doute injuste, le fait qu’il soit invariablement appliqué aux Juifs met en évidence le point suivant : les dépositaires d’un héritage spirituel prestigieux sont automatiquement exposés à la critique et au jugement. Pourquoi n’êtes-vous pas à la hauteur de votre héritage ? Votre niveau moral ne doit-il pas refléter la vision de votre fondateur? Vous n’êtes pas comme les autres ! Nous attendons plus de votre part !

Il est assez étonnant que la tradition juive considère Its’hak comme le lien humain avec l’attribut divin de Justice. En tant que premier Juif à porter la responsabilité de vivre après un parent héroïque, il a dû vivre avec l’anxiété de faire face au jugement comme compagnon permanent.


LE CERCLE COMPLET



Paradoxalement, il apparaît que c’est l’aspect pénible de la vie juive qui nous fournit les armes dont nous avons besoin pour faire face au Jugement Final avec succès. Its’hak, le premier Juif forcé de porter le fardeau spirituel de naître juif (d’être né juif), est aussi le Juif qui nous a transmis notre arme spirituelle la plus efficace. Nous dégainons cette arme à chaque circoncision, la cérémonie qui marque le début de notre vie comme juif et qui nous fait rejoindre l’Alliance d’Abraham.

Le Talmud chabbath 137b nous dit d’inclure la prière suivante au cours de la cérémonie de la circoncision : « ...qui a sanctifié cet enfant aimé depuis les entrailles, et a posé ce décret dans sa chair, et a mis une empreinte sur ses descendants avec le signe de Sa sainte Alliance. Ainsi, en récompense pour cela, Toi, le D.ieu vivant Qui est notre part et notre rocher, ordonne que cette part chérie de nous-même (c’est-à-dire cet enfant) soit rachetée des souffrances du Purgatoire, par le mérite de l’alliance que Tu a placée sur sa chair».

Rachi explique [ibid] : Its’hak est le premier fils aimé auquel fait référence la bénédiction; c’est lui qui a été sanctifié pour ce commandement avant sa naissance.

Abraham est le puissant héros, mais Its’hak est l’enfant aimé. Comme il a été désigné pour entrer dans l’alliance d’Abraham avant sa naissance, sans bénéficier de la possibilité de faire un choix, il mérite toute l’assistance que D.ieu peut procurer. Nous rappelons D.ieu à sa circoncision qui indépendamment du degré du mérite qu’Its’hak essaie d’atteindre, il est de Son devoir de le sauver, lors du Jour du Jugement, du Guehinam. Comme il a été forcé d’entrer dans l’alliance sans avoir le choix, il doit être sauvé des conséquences d’une défaillance spirituelle même s’il manque de mérites malgré des efforts soutenus.

Nous avons tous une partie de l’héroïsme d’Abraham en nous. Mais c’est la partie de nous qui reflète la volonté d’Its’hak de travailler dur à son héritage, qui nous fait aimer aux yeux d’D.ieu. C’est à travers notre labeur dans le judaïsme que nous méritons l’assistance dont nous avons besoin pour passer le jugement avec succès. « Mesure pour mesure » est le principe fondamental que D.ieu adopte comme ligne directrice dans la détermination de la récompense et de la punition. Comme Juifs, nous sommes nés au sein de l’alliance d’Abraham sans consultation préalable. En retour, D.ieu s’implique Lui-même pour nous offrir l’assistance dont nous avons besoin dans l’exécution des responsabilités qui nous sont attribuées selon Ses conditions.

La prière d’Its’hak est symbolique de la beauté spirituelle transcendante du judaïsme. Les côtés opposés sont harmonieusement combinés et les lourds fardeaux se transforment en source de force. Its’hak se tient debout devant D.ieu comme Abraham. Il atteint sa hauteur spirituelle par sa volonté d’endurer le fait de se sentir comme un pauvre spirituel au point de se sentir mal sous son lourd fardeau et le persévérer malgré tout.

Traduction et Adaptation de José Cohen.
 
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